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OLIVIER SIMARD

22 ANS

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Source: Cyberpresse.ca

 

Le jeudi 07 février 2008

Accidents de travail mortels : le «no fault» des employeurs dénoncé

Lilyann Lapointe et sa fille Pascale Simard (à gauche) sont habitées d’un grand sentiment d’injustice. (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Lilyann Lapointe et sa fille Pascale Simard (à gauche) sont habitées d’un grand sentiment d’injustice.
Le Soleil, Steve Deschênes

Guy Benjamin

Le Soleil

Québec

 

On ­connaît ­tous l’as­su­ran­ce ­sans ­égard à la res­pon­sa­bi­li­té (le no-­fault) en ma­tiè­re d’as­su­ran­ce au­to­mo­bi­le, com­bat­tue ­avec achar­ne­ment par Me ­Marc Bel­le­ma­re. L’im­mu­ni­té des em­ployeurs ­contre les pour­sui­tes ci­vi­les à la sui­te d’un ac­ci­dent de tra­vail est beau­coup –moins ­connue, mê­me si el­le exis­te de­puis 1931.

 

Les pa­rents d’Oli­vier Si­mard ont ­fait fa­ce à cet­te du­re ré­ali­té ­après ­avoir per­du ­leur ­fils de 22 ans, vic­ti­me d’un ac­ci­dent de tra­vail ­chez Abi­ti­bi-Conso­li­da­ted de Cler­mont. Un ac­ci­dent ­pour le­quel la Com­mis­sion de la san­té et de la sé­cu­ri­té du tra­vail (­CSST) a ver­sé une in­dem­ni­té de 10 632 $ que se par­ta­gent le pè­re, Ré­jean Si­mard, et la mè­re, Li­lyann La­poin­te.

À son 78e ­jour de tra­vail, le 10 août 2006, le jeu­ne adul­te s’est ­fait coin­cer en­tre une bo­bi­neu­se et un tam­bour d’une ma­chi­ne à pa­pier. La com­pa­gnie a été sé­vè­re­ment blâ­mée par la ­CSST, se­lon qui Abi­ti­bi a agi de ma­niè­re à com­pro­met­tre la sé­cu­ri­té des tra­vailleurs. La com­pa­gnie se re­trou­ve en ­Cour du Qué­bec, di­vi­sion pé­na­le, et ris­que une amen­de va­riant en­tre 5000 $ et 20 000 $.

Les amen­des ­vont ­dans les cof­fres de la ­CSST, de pré­ci­ser Me Bel­le­ma­re. «Si la com­pa­gnie est condam­née à l’amen­de maxi­ma­le, la ­CSST re­ce­vra –plus d’ar­gent que les pa­rents du jeu­ne hom­me ­mort», de dé­non­cer l’avo­cat.

Il ­vaut ­mieux mou­rir sur la rou­te qu’au tra­vail. Si Oli­vier Si­mard ­était ­mort ­dans un ac­ci­dent d’au­to, la So­cié­té de l’as­su­ran­ce au­to­mo­bi­le au­rait ver­sé 45 000 $ à ses pa­rents.

 

Effet dissuasif

 

Se­lon Me Bel­le­ma­re, les amen­des, qui n’ont pas été ré­vi­sées de­puis 28 ans, ne ­sont pas as­sez éle­vées ­pour ­avoir un ef­fet dis­sua­sif. «Les com­pa­gnies pren­nent des ris­ques sur le dos des tra­vailleurs», dit-il.

­Dans les cas de fau­tes lour­des, on de­vrait per­met­tre des re­cours ci­vils, ­fait va­loir l’avo­cat. Les fau­tes lour­des ­sont cel­les qui, à la sui­te d’une en­quê­te, per­met­tent à la ­CSST de don­ner un cons­tat d’in­frac­tion en­traî­nant l’amen­de maxi­ma­le de 20 000 $.

La pos­si­bi­li­té de pour­sui­tes se­rait aus­si une fa­çon d’ex­pri­mer la ré­pro­ba­tion so­cia­le en­vers les agis­se­ments de cer­tai­nes en­tre­pri­ses, d’ajou­ter Me Bel­le­ma­re. «Dans le sys­tè­me ac­tuel, les fa­milles ­sont lais­sées ­pour comp­te.»

Par­fois, les amen­des et les in­dem­ni­tés ­sont ­moins im­por­tan­tes que ce qu’il en co­ûte­rait ­pour fai­re de la pré­ven­tion, lan­ce Me Bel­le­ma­re. «Il ­faut que les en­tre­pri­ses su­bis­sent des consé­quen­ces, des ­vraies, ­pour les ges­tes qu’el­les po­sent.» La sé­cu­ri­té des tra­vailleurs se­rait une ­plus gran­de pré­oc­cu­pa­tion ­pour les em­ployeurs si les pé­na­li­tés ­étaient ­plus im­por­tan­tes, ajou­te-t-il.

Me Bel­le­ma­re trou­ve in­conce­va­ble que la va­leur de la vie d’une per­son­ne va­rie gran­de­ment se­lon qu’une per­son­ne ­meurt ­dans un ac­ci­dent de tra­vail, de la rou­te ou ­soit vic­ti­me d’un ac­te cri­mi­nel. Pour­quoi ne pas uni­for­mi­ser le mon­tant des in­dem­ni­tés ver­sées par les or­ga­nis­mes re­le­vant du gou­ver­ne­ment ? De­man­de-t-il.

­Dans le cas de la ­mort d’Oli­vier Si­mard, l’en­quê­te a dé­mon­tré des la­cu­nes ­dans la for­ma­tion des nou­veaux em­ployés. La jeu­ne vic­ti­me ­était ­plus ou ­moins ­bien en­traî­née ­pour le tra­vail qu’on lui a de­man­dé de fai­re la ­nuit de sa ­mort.

Il agis­sait ha­bi­tuel­le­ment com­me «sixiè­me ­main» sur la ma­chi­ne. Or, on lui a de­man­dé de fai­re le tra­vail de l’em­ployé dit «cin­quiè­me ­main», un tra­vail qui de­man­dait ­donc un peu ­plus de connais­san­ces.

­Dans le rap­port d’en­quê­te, la ­CSST no­te que plu­sieurs tra­vailleurs d’ex­pé­rien­ce ve­naient de pren­dre ­leur re­trai­te, rem­pla­cés par des ­plus jeu­nes. Et par­fois, ces nou­veaux tra­vailleurs ­plus ou ­moins ex­pé­ri­men­tés ­étaient ­ceux qui par­rai­naient des ­plus nou­veaux qu’eux.

La ­mort d’Oli­vier Si­mard a été pré­cé­dée par le dé­cès d’un au­tre tra­vailleur de l’usi­ne de Cler­mont, ­huit ­mois ­plus tôt. Là aus­si la ­CSST a sé­vè­re­ment blâ­mé la com­pa­gnie. El­le a re­con­nu sa cul­pa­bi­li­té et fut condam­née à une amen­de de 10 000 $.

­Dans le dos­sier du jeu­ne tra­vailleur, la com­pa­gnie a plai­dé non cou­pa­ble. À ­moins d’un chan­ge­ment de plai­doyer, un pro­cès d’une du­rée de ­deux se­mai­nes de­vrait se te­nir pro­chai­ne­ment.

 

Pas un assureur vie

 

L’im­mu­ni­té ­dont jouis­sent les em­ployeurs ­fait par­tie du ­contrat so­cial à l’ori­gi­ne de la créa­tion de ce qui ­était ­alors la Com­mis­sion des ac­ci­dents de tra­vail, ex­pli­que Lu­cie Mi­chaud. La por­te-pa­ro­le de l’or­ga­nis­me pré­ci­se au su­jet des in­dem­ni­tés de dé­cès que la ­CSST n’est pas un as­su­reur vie.

Le rô­le pre­mier de la ­CSST est de fa­ci­li­ter le re­tour au tra­vail d’un em­ployé bles­sé, en s’as­su­rant qu’il re­çoi­ve ­tous les ­soins né­ces­sai­res, et des in­dem­ni­tés de rem­pla­ce­ment de re­ve­nu conve­na­bles. L’or­ga­nis­me ­voit aus­si à la pré­ven­tion des ac­ci­dents par l’in­spec­tion des ­lieux de tra­vail.

 

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